“J’ai arrêté de boire” : mon médecin m’a aidé

La cure de désintoxication à l’hôpital inquiète souvent les patients. Et ils sont de plus en plus nombreux à préférer un sevrage à domicile.

Un parcours difficile

Deux millions de Français seraient dépendants de l’alcool, mais à peine 20 % d’entre eux franchissent la porte d’un cabinet médical pour demander de l’aide.

« J’ai fait plusieurs tentatives seul. Mais, à chaque fois, c’était l’échec. Je refusais d’admettre que j’étais malade alcoolique », raconte Vincent, qui a fini par en parler à son médecin généraliste. « Je suis tombé sur la bonne personne, Il soignait toute forme de dépendances, ce que je ne savais pas. »

Six mois plus tard, Vincent avait retrouvé une vie normale. C’était en 2000. Il n’a pas bu une goutte d’alcool depuis.

Les sevrages “ambulatoires”, c’est-à-dire à domicile suivis par un généraliste ou un alcoologue, se développent de plus en plus. «Selon une étude que nous venons de terminer, cette méthode semble au moins aussi efficace qu’une cure à l’hôpital, et coûte dix fois moins cher», souligne le Dr Serge Valoire, médecin addictologue.

« A priori, je pensais que ce serait plus facile à l’hôpital. Je me disais que je n’aurais pas de tentation. Et puis j’avais peur des réactions de mon corps privé d’alcool : c’était comme ôter sa bouteille d’oxygène à un plongeur. Alors, quand le médecin m’a proposé un sevrage à domicile, j’étais un peu inquiet. Mais tout s’est bien passé, parce que j’étais très motivé », raconte Vincent.


Quels avantages ?

Le sevrage ambulatoire convient mieux aux patients qui n’ont pas un lourd passé alcoolique derrière eux. Les personnes ayant alterné pendant des années des périodes d’abstinence et de rechute, ou souffrant d’une maladie psychiatrique, ont besoin d’être encadrées plus étroitement, à l’hôpital.

En se sevrant à domicile, on reste dans un environnement familier (l’attitude favorable de l’entourage est primordiale, sinon il vaut mieux choisir l’hospitalisation) et on ne perd pas le contact avec la “vraie vie”, alors que l’hôpital vous place dans une sorte de bulle protectrice dont il faudra bien sortir un jour.

En outre, le patient commence le sevrage dès qu’il se sent prêt, tandis qu’à l’hôpital les délais d’attente sont souvent de plusieurs semaines. Ce qui est décourageant.

Le sevrage physique, qui concerne les personnes montrant des signes de manque à l’arrêt de l’alcool, demande un suivi médical de cinq à sept jours.

Mais, avant d’entamer cette semaine décisive, un travail sur la motivation du patient doit être effectué. « Le sevrage n’est jamais une urgence sur le plan médical, sauf pour les femmes enceintes, explique le Dr Chantal Magnien. Il vaut mieux prendre le temps de discuter avec le patient pour que sa décision soit fondée sur ses propres arguments et non pas sur ceux du médecin. C’est un gage de réussite. »

Lors de ces entretiens, on élabore également une stratégie pour apprendre à résister à la tentation. Par exemple, éviter de passer devant son bistrot habituel…

A une date précise, choisie avec le médecin, le patient décide de ne plus boire un verre d’alcool. Les trois premiers jours sont physiquement éprouvants. Certaines personnes préfèrent être en arrêt maladie. D’autres commencent leur sevrage une veille de week-end. « Je leur recommande de se mettre sous la couette, comme pour une grosse grippe », explique le Dr Magnien.

Programme bien établi

Afin de passer ce moment difficile dans les meilleures conditions possibles, l’ordonnance du médecin comporte:

  • Un anxiolytique pendant une semaine maximum, pour diminuer l’anxiété et prévenir les “accidents de sevrage” (crise d’épilepsie, de delirium tremens…).
  • Des vitamines B1 et B6, parce que l’alcoolisation chronique peut provoquer des carences importantes. Malheureusement, elles ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale.
  • De l’eau et des jus de fruit, car une bonne hydratation (2 à 3 litres par jour) est indispensable en prévention du syndrome de sevrage (sueurs, tremblements…).
  • Éventuellement, un somnifère pour bien se reposer.
  • Des consultations régulières : des rendez-vous sont fixés avec le médecin.

A l’hôpital, l’alcoologue téléphone au patient le premier jour. Puis des consultations ont lieu les troisième, cinquième et septième jours.


La vie après Le sevrage

Le sevrage physique n’est que la première étape d’un long parcours pour se débarrasser de la dépendance psychologique. Ce travail est accompagné par des alcoologues, des psychologues et, souvent, des associations d’anciens buveurs. De plus, la mutuelle du patient prévoit des aides pour accompagner l’assuré tout au long de ces étapes et l’aider à en finir définitivement avec ses problèmes d’addiction.